Clusters and benchmarks on the dynamics of nanoscience and nanotechnology
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Les districts industriels et leurs déclinaisons contemporaines Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Les travaux menés au début des années 80 sur l’agglomération spatiale amènent un renouvellement conceptuel en économie régionale et en économie du développement. Les notions de systèmes productifs locaux, de districts industriels, de districts technologiques, de milieux innovateurs, de technopôles, caractérisent les modes d’adaptation des tissus socio-économiques dans une économie en renouvellement. Toutefois plusieurs grands blocs explicatifs se distinguent. Nous verrons ici quels sont les fondements théoriques des approches concernant l’agglomération spatiale. Pour cela nous reviendrons sur l'émergence de la notion de District industriel, actualisant les travaux de Marshall, qui a été (re)définie au travers d’études de cas en Italie du Nord.

1 - Le District industriel Marshallien : économies externes d’agglomération


La paternité des districts industriels est accordée aux travaux d’Alfred Marshall et, plus tard, à ceux qui réactualiseront ses idées. En 1890 il écrit Principle of Economics, et selon lui il existe deux possibilités d'organisation industrielle. « D'une part, l'organisation sous commandement unique de la division technique du travail intégré au sein d'une grande entreprise. D'autre part la coordination, par le marché et par le face-à-face (la réciprocité), d'une division sociale du travail désintégrée entre des firmes plus petites spécialisées dans de grands segments du processus productif »11 . Il va donc à l'encontre de l'idée dominante qui est que l'efficacité de la production vient de la division du travail et de la croissance au sein de la firme. Au contraire, il défend que cette efficacité peut être acquise grâce à l'intégration du tissus socio-économique et du réseau d'entreprises concerné, tout en considérant que le travail peut être divisé en petites unités au sein d'une aire géographique donnée, le District industriel, compris comme le groupement d'entreprises interdépendantes avec un marché du travail spécialisé.


Outre ces aspects, Marshall analyse l’agglomération industrielle sous l'angle des économies externes. Selon lui, les économies externes expliquent à la fois la co-localisation d'entreprises ainsi que l'efficacité générale du district en générant des avantages à se retrouver à proximité :
« According to the traditional Marshallian conception, the advantages of agglomeration are rooted in the reduced costs that arise from the operation of three sets of ‘localisation economies’: the growth of various intermediate and subsidiary industries which Provide specialised inputs; the development of a pool of Skilled labour; and the establishment of a dedicated infrastructure and other collective resources (Malmberg and Maskell, 2002) »12
On lui attribue le principe des externalités pour avoir montré que les économies d'échelles peuvent provenir d'effets externes dispensés par le milieu économique. L'externalité intervient lorsqu’un acteur peut être influencé non volontairement par une décision ou des résultats d'un autre acteur du milieu. La proximité immédiate des entreprises apporte des avantages mutuels : l'augmentation du nombre d'industries intermédiaires, le développement d'un bassin d'emploi spécialisé, ainsi que le partage des ressources et la création d'une structure de coordination propre au district. Ce sont les effets d'économies externes, abaissant les coûts de production, qui sont à l'origine des rendements croissants provenant d'économies d'agglomération et d'organisation. Enfin, Alfred Marshall a développé l'idée selon laquelle l’industrie localisée baigne dans une « atmosphère industrielle » :
« Les secrets de l'industrie cessent d'être des secrets ; ils sont pour ainsi dire dans l'air, et les enfants apprennent inconsciemment [pour] beaucoup d'entre eux. On sait apprécier le travail bien fait ; on discute aussitôt les mérites des inventions et des améliorations qui sont apportées aux machines, aux procédés, et à l'organisation générale de l'industrie. Si quelqu'un trouve une idée nouvelle, elle est aussitôt reprise par d'autres, et combinée avec des idées de leur crû; elle devient ainsi la source d'autres idées nouvelles. Bientôt des industries subsidiaires naissent dans le voisinage, fournissant à l'industrie principale les instruments et les matières premières, organisant son trafic, et lui permettant de faire bien des économies diverses » (Marshall, 1890,p.119).13
Sans pour autant prétendre que l'ensemble des Principes d'économie politique est résumé dans ces quatre points, l'essentiel de la conception des districts industriels Marshalliens y est néanmoins présent. L'idée de « l'atmosphère industrielle » permet d’introduire le poids de l'histoire, donc de la sédimentation des connaissances et des savoir-faire, ainsi que les avantages externes à la firme que procure ce type d'organisation. Cette conception amène à considérer les relations interindividuelles et intergénérationnelles comme un facteur important des mécanismes de transfert de connaissances et donc du tissu sociologique local.

2 - Les déclinaisons contemporaines des districts industriels


Un siècle plus tard, même si les analyses de Marshall peuvent rester, dans certaines configurations, efficaces pour décrire des phénomènes actuels d’agglomération spatiale et d’économies externes, il n'en reste pas moins qu’on a reproché à ces travaux d'être torp descriptifs. La réactualisation de la notion est due essentiellement aux développements de l'école florentine avec en particulier ceux de l’économiste Becattini. Ce dernier reprend à son compte l’ouverture laissée par l’analyse de Marshall au niveau du milieu sociologique, en appliquant la notion de District industriel à l'Italie du Nord. Il la définit pour sa part comme étant :
« Une entité socio-territoriale caractérisée par la coexistence active d'une communauté ouverte d'individus et d'une population segmentée d'entreprise. À partir du moment où, communauté d'individus et population d'entreprises occupent le même territoire, il est inévitable qu’il y ait interaction entre les deux. Il y a donc symbiose entre activités productives et vie communautaire. La communauté est ouverte car la nature industrielle du district ainsi que les problèmes liés aux profits croissants qui en résultent génère des flux permanents de biens et de personnes. La population des entreprises est segmentée dans la mesure où les différentes phases du processus productif sont réparties entre ces entreprises, chacune d'entre elles se spécialisant dans l'accomplissement d'une ou plusieurs phases (Becattini, 1989, 1991). »14
Pour alimenter la dynamique créatrice du district, sa capacité à croître et à générer des profits, Becattini distinguent plusieurs dimensions essentielles à son fonctionnement. L’une d'entre elles est le système de valeurs. Ce dernier peut être par exemple une éthique du travail et de l'activité, de la famille, de la réciprocité et du changement. Il est relayé et diffusé à l'intérieur du district par des institutions et des règles. Selon lui « l'origine et le développement du District industriel ne résultent donc pas uniquement d'un assemblage localisé (et d'ailleurs pas facile à réaliser) de certains traits socioculturels propres à une communauté donnée (le système de valeurs) »15. Ni même « de caractéristiques historiques et naturelles particulières à une zone géographique […] et de spécificités techniques inhérentes à un processus productif […], mais également d'un processus d'interactions dynamiques (cercle vertueux) entre la division et la création du travail pratiqué dans le district, la recherche permanente de nouveaux débouchés pour sa production, et la constitution d'un réseau de liens solides avec les marchés extérieurs »16. Dans ce contexte le district est vu comme une entité permettant l'articulation des relations endogènes (entre la culture, la société et l'économie locale) et celles qui sont exogènes (effets produits par les marchés, les sociétés et les cultures extérieures). Il est donc en quelque sorte un élément absorbant des contraintes de la globalisation par une réaction d'autoorganisation locale qui diminue les conséquences socio-économiques de ces changements. On trouve dans les textes de Becattini des références faites aux innovations technologiques. En plus du fait que leur introduction dans le système de production est facilitée par la segmentation de l'activité industrielle, il les voit comme étant implicitement intégrées au système de valeurs. La conséquence est que l'Innovation technologique au sein du district est perçue de manière positive par une majeure partie du tissu socio-économique.

Afin d’illustrer les formes spatialisées des districts industriels, Markusen nous présente trois types d’organisation. Celles-ci sont subdivisées en fonction des relations entretenues entre fournisseurs et clients et de la dimension des firmes engendrant des externalités. D’un côté du spectre se trouvent les districts industriels, et de l’autre côté le modèle « Satellite platform Distrcit ». Le District industriel Marshallien, selon Markusen, est caractérisé par une forte division du travail entre les petites firmes qui nourrissent des relations de complémentarité, et une spécialisation avancée. Le Nord de l’Italie convient particulièrement à ce type de spécialisation flexible régionale où la mise en réseau est un composant important de la dynamique industrielle. Le système de distribution est généralement effectué par l’agglomération de flux, séparé par une faible distance, entre les nombreux fournisseurs et clients.   

(Voir :  Markusen, 1996)  

Le schéma opposé au District industriel Marshallien est le « district satellitaire » qui est un ensemble d’usines non connectées et imbriquées dans des liens d’organisations externes, dont chaque partie à sa propre chaîne de distribution. Un district de type plateforme satellitaire correspond souvent à une localisation de grande accessibilité autour de laquelle les usines de branches (traduction de « Branch Plant ») ont congloméré comme par exemple dans un terminal de transport. Deux illustrations de ce phénomène pourraient être : un faible coût de la main d’œuvre entraîne l’agglomération d’usines manufacturières, ou à l’opposé, la proximité de centres de recherches et d’universités (facultés et écoles) permet un groupement autour des fonctions de R&D. Toutefois cette configuration spatiale relève peu des études de cas sur les districts industriels puisqu’il n’existe que peu de synergies entre les entreprises de la zone. Le modèle spatial intermédiaire est intéressant dans notre étude puisqu’il semble à même d’illustrer le cas grenoblois. En effet c’est la situation dans laquelle un secteur industriel a des fournisseurs qui s’agglutinent autour d’une ou plusieurs firmes centrales. Dans le district « Hub-and-Spoke », traduit district rayonnant (Samson, 2004), les dynamiques sont une fonction de la firme dominante plutôt que l’établissement d’un réseau de firmes plus petites. Il s’apparente à une forme évoluée de District industriel, structurée autour de l’action d’une ou plusieurs entreprises motrices.

En partant de la base des innovations technologiques, un autre auteur développe une notion proche des districts industriels mais en appuyant son analyse sur les phénomènes de transfert de connaissances et sur la dissociation des externalités pécuniaires et technologiques. En effet, selon Antonelli, les retombées technologiques ont permis d'augmenter significativement la productivité en Italie dans les années 80 17. Il synthétise un ensemble de travaux sur ces thèmes derrière la notion de district technologique. Colletis précise que les districts technologiques concentrent les activités innovantes « c'est-à-dire en districts industriels où les économies externes conduisent particulièrement un accroissement du rythme technologique »18. Les districts technologiques se distinguent des districts industriels standards par le fait que les premiers se caractérisent par la dominance du rôle de grandes firmes dans les systèmes localisés de production et d'Innovation. Il y a donc une plus forte spécialisation, celle-ci au cours du temps créer des savoir-faire spécifiques au district.  


11 Georges BENKO, Mick DUNFORD, Alain LIPIETZ, Les districts industriels revisités, in dynamiques territoriales et mutations économiques, Bernard Pecqueur ed., L’Harmattan, 1996, p.120
12 Andy CUMBERS, Danny MACKINNON, Introduction : Clusters in Urban and Regional Development, Urban Studies, Vol. 41, n°5/6, May 2004, p. 960
13 Alfred MARSHALL, Principes d’économie politique, (1890), livres IV, trad. franc. F. Sauvaire-Jourdan, (1906), p.119
14 Giacomo BECATTINI, Le District industriel : milieu créatif, in. Restructurations économiques et territoires, espaces et sociétés, n°66/67, l’Harmattan, p.159
15 Giacomo BECATTINI, Le district marshallien : une notion socio-économique, in. BENKO George et LIPIETZ Alain, Les régions qui gagnent, PUF,1992, p.37 à 39
16 Giacomo BECATTINI, ibid. p.45
17 Cristiano ANTONELLI, Localized Spillovers and productivity growth – The Italian evidence of technological externalities in the eighties, in. Industrie et territoire les systèmes productifs localisés, IREPD, Serie Actes de Colloques, Grenoble, 21 et 22 octobre 1992, p.355
18 Gabriel COLLETIS, Eléments de caractérisation du district technologique, in. Industrie et territoire les systèmes productifs localisés, IREPD, Série Actes de Colloques, Grenoble, 21 et 22 octobre 1992, p.359

NB : Le texte de cet article est issu d'un mémoire de M2R soutenu en septembre 2005, et fait un point théorique sur la notion de District industriel. Certains aspects ou approches n’y sont pas présents, mais à ce sujet il est possible d’obtenir plus de détails sur la notion ainsi que sur l’ensemble du mémoire sur la page correspondante : Proximités et développement territorial .


Tags : districts industriels, Marshall, technologique, innovation, entreprise, endogène, industrie, Italie, Becattini

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